Lune : pourquoi la NASA n'envoie plus aucun astronaute depuis 50 ans ?

Lune : pourquoi la NASA n’envoie plus aucun astronaute depuis 50 ans ?

Le 14 décembre 1972, les 3 astronautes de la mission Apollo 17 ont quitté la Lune. Depuis, plus aucun homme n’a foulé le sol de notre satellite, la Lune !

Malgré l’enthousiasme suscité en 1969, pourquoi personne n’est-il retourné sur la Lune depuis plus 50 ans ?

Voilà près de 50 ans que l’équipage d’Apollo 11, Neil Armstrong et Buzz Aldrin, marquait l’Histoire en posant le pied sur la Lune pour la toute première fois. On a aussi pu découvrir la face cachée de la Lune à la sonde Chang’e-4, malgré les progrès scientifiques et technologiques qui semblent repousser toujours plus loin les frontières de l’inconnu, et l’engouement actuel pour l’exploration spatiale, nous n’envoyons cependant plus d’Hommes sur la Lune. Voici un aperçu non exhaustif des obstacles qui se dressent en travers d’un tel voyage.

Politique et économie

Le premier problème posé par une expédition lunaire habitée est le prix. Selon un rapport de la NASA publié en 2005, une telle mission coûterait environ 104 milliards de dollars (133 milliards en tenant compte de l’inflation) sur 13 ans. Un coût qui pourrait baisser, notamment grâce au recours à des entreprises privées et à des solutions inventives, pour arriver à une note finale de 10 milliards de dollars sur 5 à 7 ans.

Apollo 11

Le second problème est politique, selon Business Insider. Il est aisé de constater qu’à l’arrivée de chaque nouveau président au pouvoir, les priorités spatiales établies par le dirigeant précédent sont régulièrement révisées voire oubliées. Ces changements réguliers ont mené à l’annulation de nombreuses missions à la NASA. L’ESA en revanche semble mieux protégée de ces revirements, ne dépendant pas de la politique d’un seul gouvernement, mais plutôt de l’union de ses 22 pays membres.

L’Europe a annoncé pourtant récemment s’intéresser à la conquête spatiale, avec comme intérêt en vu : la création d’un avant-poste afin d’étudier les précieux minerais lunaire et faire avancer la science.

Quelques raisons techniques

Outre les contraintes politiques et économiques, le défi est également technique. Radiations, nuits glacées, cratères, rochers et même poussière lunaire constituent, en dépit des apparences, de véritables menaces pour les astronautes et leurs appareils. « Si nous devons passer de longues périodes [sur la Lune] et y construire des habitats permanents, nous devons trouver une solution », avertit l’astronaute Peggy Whitson, qui ne connaît que trop bien les problèmes liés la poussière à bord de l’ISS.

Le poids de ces missions aura également considérablement augmenté depuis les dernières missions Apollo. Construire les lanceurs capables d’envoyer ces nouvelles missions dans l’espace en maintenant un budget raisonnable forme une autre des difficultés. En somme, de nombreux défis attendent les agences spatiales souhaitant œuvrer à l’envoi de missions habitées sur la Lune. Une chose est sûre : nous avons encore beaucoup à apprendre de notre satellite naturel, comme le démontre la mission spatiale Chang’e-4.

Une opposition du côté des scientifiques

Neil Armstrong Lune

Les scientifiques étaient nombreux à douter de l’intérêt d’un tel programme. John Krige nous explique quel fut leur raisonnement à l’époque : « ‘Nous avons besoin d’agent pour la science, il n’y a pas d’intérêt scientifique sur la Lune, utilisons plutôt cet argent pour améliorer la recherche scientifique’. Une forte opposition a toujours été présente dans la communauté scientifique américaine, résume l’historien. C’était risqué : le gros problème lorsque l’on envoie des gens sur la Lune, c’est bien sûr de les y amener, mais il faut surtout pouvoir les ramener sur Terre. »

Après Apollo 11, l’enthousiasme du public pour les missions lunaires retombe peu à peu. Le contexte historique américain ramène l’attention vers les problèmes qui ont lieu sur Terre. « Très rapidement, les gens se sont désintéressés des activités lunaires car il y avait de nombreux autres problèmes dans la société américaine à cette époque, par dessus-tout la guerre au Vietnam, ou les émeutes en hausse dans les grandes villes américaines », complète John Krige.

Ceci ne signifie pas pour autant que la Lune n’avait (et n’a encore) plus rien à nous apprendre. Les échantillons (385 kilos de roches lunaires) rapportés au cours des différentes missions n’ont pas tous été ouverts. « Sur la connaissance de la Lune elle-même, on en sait peu, affirme Claudie Haigneré. On commence tout juste à découvrir la présence de l’eau dans les pôles. Ses volatils, sa poussière, ses ressources en eau, son activité sismologique pratiquement disparue… il y a pleins de sciences de la Lune qui intéressent la communauté scientifique. »

La Lune, un astre avec un intérêt scientifique… parmi d’autres

Apollo 11 Lune NASA

La Lune perd pourtant la place privilégiée qu’elle avait acquise pour le grand public avec l’exploit de 1969. « La Lune est revenue dans le giron des corps planétaires qui ont un intérêt scientifique, parmi d’autres », note Francis Rocard. Et personne n’envisageait d’y renvoyer un être humain, depuis la fin du programme Apollo. Les modules qui auraient dû servir aux expéditions 18, 19 et 20 ont fini leur existence dans des musées.

C’est l’orbite basse terrestre qui intéresse alors la Nasa : pendant près de 30 ans, « la navette et l’ISS ont alimenté tous les programmes de vols habités », complète Francis Rocard. C’est aussi une question de moyens financiers, comme le note John Krige : « Dès le départ, la Nasa a prévu un très gros projet, incluant le fait d’utiliser la Lune comme une base pour aller plus loin, sur Mars. Mais les coupures dans leur budget ont été telles qu’ils ont décidé d’aller sur la Lune, d’ensuite se concentrer sur la Station spatiale internationale, et ensuite s’occuper du voyage vers Mars. »

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la conquête de Mars. C’est cet objectif qui explique aujourd’hui le regain d’intérêt pour une mission habitée vers notre satellite naturel. Le souhait d’aller sur Mars n’est pas nouveau, comme nous le rappelle Francis Rocard. « Il y a un fort consensus aux États-Unis entre la Maison blanche, le Congrès et la Nasa sur cet objectif à long terme : l’homme sur Mars. » Pour l’atteindre, l’unique possibilité est de travailler en séquences. « Le Congrès n’acceptera jamais de doubler ou tripler le budget de la Nasa, d’où la nécessité du ‘pathway’, c’est-à-dire de trouver le chemin pour aller de l’orbite basse jusqu’au sol de Mars », détaille l’astrophysicien.

Un paysage spatial de la Lune au 21e siècle

Drapeau Etats Unis Lune

Le paysage spatial actuel est aussi différent en ce début de 21e siècle, comme le souligne Claudie Haigneré : « On voit apparaitre de nouvelles puissances étatiques spatiales qui n’étaient pas là au 20e siècle, la Chine en particulier, présente sur la face cachée de la Lune. C’est un aiguillon pour la Nasa, pour recommencer à avancer. On voit aussi apparaitre des acteurs privés, comme Elon Musk avec ses lanceurs lourds et Jeff Bezos avec Blue Origin. » Le poids de ces pays et de ces acteurs privés n’est pas négligeable pour motiver la Nasa à retourner sur la Lune, puis à viser Mars.

« Sur des projets aussi couteux, il faut qu’il y ait plusieurs impulsions en même temps. L’impulsion scientifique n’était probablement pas suffisante. Elle s’ajoute aujourd’hui à des impulsions politiques, technologiques, et à 40 ans de maîtrise du vol en station orbitale. Le public a envie de voir l’étape qui va suivre, de l’exploration d’un espace plus lointain », complète l’astronaute. Or, cette prochaine étape, la conquête de Mars, va demander de grands moyens.

La Lune, une étape technologique sur le chemin vers mars

Pour poser l’humain sur la planète rouge, « les étapes à franchir ne sont pas géographiques, elles sont technologiques », résume Francis Rocard : d’abord l’orbite lunaire, puis un retour à la surface de la Lune, peut-être un vol vers des astéroïdes, un premier survol de Mars, une mission en orbite martienne et, enfin, un humain à la surface de la planète. « Cette étape la plus difficile sera plutôt en 2050. On peut envoyer des hommes vers Mars en 2033, mais ils ne se poseront pas. L’engin qui doit se poser sur Mars fera entre 30 ou 40 tonnes et il n’existe pas encore », explique Francis Rocard, qui rappelle qu’il faudra également pouvoir habiter sur Mars.

« Kennedy a dit : ‘Nous n’allons pas sur la Lune car c’est facile, mais parce que c’est difficile’ en 1962 », nous rappelle John Krige. Selon l’historien, la citation résume bien l’état d’esprit des États-Unis au long de leur histoire de la conquête spatiale… et qui semble encore, presque 50 ans après le départ de la mission Apollo 11, animer ses ambitions martiennes.

Antoine

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